J’entrai dans l’église, appréciai la fraîcheur de l’endroit, trouvai une colonne derrière laquelle me cacher. Je m’assis avec un soupir de soulagement. Quand mon voisin de devant se retourna, je plaquai un sourire de circonstance sur mon visage. Il s’essuya le front avec un mouchoir blanc avant de reprendre, à voix basse, sa conversation avec la vieille dame assise près de lui. Les bancs se remplirent, la fraîcheur ambiante devint moite. Je posai les mains sur mes genoux, tenant le programme des réjouissances, résolu à ne plus bouger. Quelqu’un prit place à mes côtés, tourner la tête vers lui pour répondre à son bonjour me fit l’effet d’un effort surhumain. Il était jeune, beau, endimanché, déplacé. Enfin l’orgue retentit, la mariée entra, les portes se refermèrent. La fraîcheur allait peut-être revenir. Debout, assis, debout, assis. Je ne bougeais pas les lèvres pour donner le change. Pas envie de chanter ces conneries. Les larmes aux yeux, les mariés se jurèrent un amour éternel. Ce que je pouvais avoir chaud. Pendant la signature des registres, j’interceptai le regard de mon voisin posé sur moi. Son sourire valait le détour. Il en profita pour me demander qui j’étais. Le frère du marié. À son haussement de sourcil, je sus qu’il comprit. Le frère du marié planqué derrière une colonne au fond de l’église. Il me dit qu’il était un ami d’enfance de la mariée. Debout une dernière fois pour la sortie. J’observai son joli petit cul comme il se levait pour s’extraire du banc. Il se retourna vers moi pour un sourire. Gagné. J’allais tirer mon coup ce soir. Enfin une bonne nouvelle dans cette journée pourrie.
© Stephanie Loret, juin 2014 – Dépôt SACD n°000085624
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